Gigi Căciuleanu – Un rêveur ailé
planant de désir en désir entre la Terre et le ciel
par Alla Stâncaru Luncă
Septembre 2025
« de désir en désir
danse entre Terre et Ciel
– carré et cercle – des ombres laissant des traces dans le vent
et quand une danse s’achève
il ne reste que le désir
un désir transi
dans l’attente d’une autre danse, encore plus pleine de désir... »
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Gigi Căciuleanu – le spectacle "DinDor’NdoR", créé avec les artistes du Théâtre de Ballet de Sibiu, a été présenté cette année au Festival International George Enescu, et l’année dernière à New York.
Les Français l’appellent simplement « Gigi », avec l’accent sur la dernière syllabe. C’est ainsi qu’il aime qu’on l’appelle : simplement, amicalement.
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Gigi rêve, vole, flotte. Il danse. Seul ou avec d’autres – en rêve, dans la rue, sur scène, en pensée, en interview... Tout est envol. Tout est danse. Sa vie est un vol magnifique, une danse sans fin. Il s’élève dans les airs, tel la mouette de la photo qu’il a choisie pour le représenter sur un réseau social, sous le nom @gigidance. Pourquoi a-t-il choisi précisément une mouette ? Peut-être en pensant à Tchekhov, un auteur qu’il admire et dont il a monté des œuvres. Je me demande s’il existe un metteur en scène qui ne rêve pas de monter au moins un Tchekhov dans sa vie... Ou peut-être parce que « la morphologie de ces oiseaux, toujours entre terre, eau et ciel, leur permet de nager, de voler et de marcher avec la même aisance. Ils sont plus habiles à marcher sur la terre ferme que la plupart des autres oiseaux marins. » (selon Wikipedia)
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Nous le soupçonnions, voire le savions tous depuis longtemps : il a des ailes. Et il ne les cache pas. Depuis toujours, il nous montre comment il sait voler — au grand dam de certains. Il vole et il rêve. La dernière fois, il a rêvé des chimères ("chevaux verts sur les murs" en roumain), mais plus nombreux que jamais. Il a rêvé un spectacle entier, un rêve qu’il nous a offert. Il a même trouvé un nom à ce rêve : ONIRIUS.
Le rêve — un spectacle de danse contemporaine, de poésie scénique et de projection immersive. Il en signe le scénario, la mise en scène, la chorégraphie... et les rêves, bien sûr. Car Onirius est un spectacle rêvé par Gigi Căciuleanu, créé ensuite sur la musique de Paul Ilea, et présenté au public dans le cadre du Festival George Enescu. « Le spectacle ONIRIUS propose une parabole. Tantôt bifurcation, tantôt entrelacement de chemins initiatiques. Une série d’épreuves au terme desquelles il ne s’agit pas seulement de retrouver son autre moitié, mais aussi de se redécouvrir soi-même. Et pour le spectateur, de se laisser porter par l’imagination. De rêver… » (Gigi Căciuleanu, site du Festival George Enescu)
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Nous aussi, dans la salle, avons rêvé — presque une heure, les yeux grands ouverts. Je suis sortie presque en apesanteur mais j’ai réussi à réaliser un entretien-reportage avec Gigi Căciuleanu, avec des spectateurs et d’autres créateurs impliqués, tous rêvant et flottant ensemble.
Gigi rêve, vole, flotte. Il danse. Seul ou avec d’autres — en rêve, dans la rue, sur scène, en pensée, en interview...
Gigi Căciuleanu est danseur, chorégraphe et pédagogue, reconnu pour sa promotion du danse contemporaine, avec une forte présence internationale et une activité créative marquée par des collaborations avec de grandes figures de la scène mondiale. Je ne peux pas dire que nous nous sommes vus souvent. Mais chaque rencontre, même fugace, devient un instant de joie partagée — son sourire, son regard, son étreinte en témoignent toujours. Sa biographie est vaste, mais ce que je préfère, c’est quand il parle des lieux d’où ses parents sont partis pour venir à Bucarest, et de son voyage à MășcăuÈ›i, une localité située à environ 60 km de ChiÈ™inău, où il est allé chercher ses racines. « Là-bas existe encore le manoir de son ancêtre Ion Sârbu, poète et fabuliste du milieu du XIXᵉ siècle, dont on dit qu’il défiait la censure tsariste en publiant ses livres dans sa langue maternelle, alors que celle-ci favorisait les publications russes. Il y pousse encore un arbre séculaire, planté par sa famille — un arbre rare dans cette région : le sophora du Japon (Sophora japonica). Le manoir est surnommé “La petite maison de la langue roumaine”. » (M. Sârbu, Jurnalul NaÈ›ional)
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Gigi Căciuleanu est né à Bucarest, dans une famille de réfugiés bessarabiens. À l’âge de 14 ans, il découvre la danse contemporaine d’avant-garde sous la direction de Miriam Răducanu, en participant aux célèbres Nocturnes 9 ½ de Bucarest, à la fin des années 1960, au Théâtre Țăndărică. Il poursuit ses études de danse académique et de chorégraphie au Théâtre Bolchoï de Moscou. Il quitte la Roumanie en 1972. Il travaille d’abord en Allemagne, puis en 1973, il rencontre Rosella Hightower, grâce à qui il fonde le Studio de Danse Contemporaine au Grand Théâtre de Nancy — France, compagnie qui deviendra par la suite les Ballets de Lorraine – Danse Contemporaine de France, soutenue par le Ministère français de la Culture. Il organise les Rencontres Chorégraphiques de Premontrés, crée le festival de danse urbaine La Danse à Aix, offrant à de nombreux artistes l’opportunité de s’exprimer — ce qui lui vaut à deux reprises la plus haute distinction de la ville d’Aix-en-Provence.Entre 1974 et 1978, il dirige le Ballet du Théâtre de Nancy, avec la collaboration artistique et administrative de Dan Mastacan. De 1978 à 1993, il collabore avec des célébrités de la danse et de la musique : Astor Piazzolla, Marius Constant, Pina Bausch, Maïa Plissetskaïa, Jeanine Richer, Jean-Michel Jarre, Guy Tudy, François Rabbath, Claude Lefevre, Santiago Sempere, Jean Le Poulain, Henri Ronse.
Ses chorégraphies entrent au répertoire des Opéras de Paris, Lyon et Avignon, de la compagnie de Pina Bausch – Wuppertaler Tanztheater, de l’Opéra de Hambourg, de Rome, du Théâtre La Fenice de Venise, du Welsh National Opera, de la compagnie brésilienne Cisne Negro, et en Israël, de la compagnie Bat-Dor.
Il organise des tournées avec ses spectacles de Paris à New York, de Berlin à Buenos Aires, de Tokyo à Bruxelles.
En 1994, il quitte Rennes et s’installe à Paris, où il fonde la Compagnie Gigi Căciuleanu. Parmi ses créations marquantes de la période parisienne : Oskolki à l’Espace Pierre Cardin – Paris, Sommaire Soleil à la Péniche Opéra – Paris, Ma Nuit avec Nijinsky (Paris – Théâtre Espace Acteur et Théâtre des Bouffes du Nord), La Follia – Hanoi – Vietnam et au Centre Georges Pompidou avec la Compagnie Jeune Ballet de France.
La compagnie se produit à Paris (Café de la Danse, Festival Estivales Danses, Salle Pleyel, Divan du Monde), ainsi que sur l’ensemble du territoire national. Il reçoit les distinctions de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 1984, décernée par le ministre de la Culture Jack Lang, et celle de Chevalier de l’Ordre National de l’Étoile de Roumanie en 2002.
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Gigi rêve, vole, flotte. Il danse. Seul ou avec d’autres — en rêve, dans la rue, sur scène, en pensée, en interview...
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​​ direction technique Oana Popescu









Projet financé par le Département pour les Roumains de Partout (mai – octobre 2025)
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