Plongée dans Mars Violet, premier roman de Oana Lohan, entre mémoire roumaine, exil et quête d’identité
par Dalva Man
octobre 2025

Librairie Delamain, Paris
J’ai découvert Oana Lohan avec son premier roman, « Mars Violet », dans une librairie historique de Paris, la librairie Delamain. Une librairie installée « depuis 1710 au Palais-Royal ». De mon côté j’y suis allée en 2021, c’est donc au 155 rue Saint-Honoré, en face de la Comédie française, que je l’ai dénichée.
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J’ai été attirée par la couleur, déjà, et puis, le dessin sur la couverture. Née dans les années ’80 en Roumanie (communiste), cette image d’un drapeau roumain « dont [on] a arraché les armoiries », avec, à leur place, un trou béant » m’a happée. C’était comme un signal de reconnaissance entre gens perdus de vue depuis longtemps.
L’effet a continué avec les premiers mots du livre : « On ne le fait pas le coup de partir à chaque fois. C'est ce qu'on se dit et pourtant il y en a qui le font. Ça marche comme une petite boîte à musique. Faut juste tourner la molette et c'est parti. Tu laisses une image de toi dont tu ne te souviendras pas forcément, le temps passe et tu l'oublies assez vite. Même ceux qui ne t'aimaient pas finiront par dire que tu étais quelqu'un de charmant, ou pire, d'attachant, un brin atypique. Tous ceux qui changent de pays plein de fois le sont. »
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Tout était dit. Les dés étaient jetés. Je voyais très bien de quoi elle parlait. J’étais moi aussi, partie. Tellement de fois, en imagination, et deux fois, en chair et en os. A tel point que je me suis demandée si je n’avais pas été formée pour partir.​
Par ailleurs, j’ai toujours été fascinée – une admiration mêlée de crainte – par les atypiques. La narratrice parlait-elle d’elle-même ?

Le livre de Oana Lohan, Mars Violet,
Les éditions du Chemin de fer 2021

D’après le site Couleurs Leroux, mars violet,
Couleur parfaite pour faire des mélanges
sombres, un peu “ternes”
Du coup, qui était Oana Lohan ? A part une immigrée, comme moi, et atypique ?
Selon la biographie officielle du roman, « Oana Lohan dessine et, dès qu’elle peut, passe sa vie sur la route. Quand elle ne dessine pas, elle écrit et prend des photos. Ou elle fait tout en même temps. Elle est née à Arad en Roumanie et vit en ce moment à Paris ».
Pour moi, Oana Lohan est quelqu’un qui vivait avec son histoire et avait envie de la partager, et en couleur. Mais pas n’importe quelle couleur : Mars Violet. « Pigment brun rouge à tendance violacée, obtenu jusqu’au
XIXe siècle par broyage des restes des momies. Appelé aussi capuut-mortum (tête de mort en latin ancien), terme alchimique qui désigne un résidu dont on ne peut plus rien tirer. »â€‹
Son histoire est condensée dans les pages initiales, et décomposée par Lucia, narratrice, au fil des 178 pages du livre. Lucia évolue entre le Bucarest de 1989 et celui de 2009, entre Londres, Paris et Strasbourg. C’est un mélange sombre, mais pas « terne », entre les lambeaux d’hier et les fragments d’espoir pour aujourd’hui. Les destins d’un groupe d’amis bucarestois avancent devant nos yeux, à partir d’un pignon fixe qui est la nuit où, en pleine « révolution » contre le régime communiste de Ceausescu, l’un d’entre eux est retrouvé tué, « vert », à la morgue.
La suite est une reconstruction, autant que possible, à partir des lambeaux du passé, entre souvenirs heureux en Lada 1500 et invention (ou pas) d’une nouvelle vie sur les restes de l’ancienne.
Tout cela porté par une langue comme un couteau, qui va droit au but.

Projet financé par le Département pour les Roumains de Partout (mai – octobre 2025)
Le contenu de ce matériel ne reflète pas la position officielle du Département pour les Roumains de Partout
